Ressources à consulter en cas de violences suspectées ou subies

Le violentomètre

Le violentomètre a été conçu pour aider les personnes a repérer si ce qu’elles vivent et subissent de la part de leur partenaire s’apparente à de la violence. 
La violence ce n’est pas que des coups. La violence prend beaucoup de formes dont des formes plus difficile à repérer (violences psychologiques ou financières).

Dans l’orange ? – la vigilance est de mise. Parlez-en à une personne de confiance, à une thérapeute ou association spécialisée.

Dans le rouge ? – la violence est présente et votre sécurité est en danger. Il est important de ne pas agir précipitament. Contactez des professionnels, asso, thérapeutes, qui pourront vous guider pour sortir en sécurité de cette relation violente. Si des enfants sont concernés, cela peut-être difficile d’en parler mais sachez que vous n’êtes pas seul.e et que ce n’est pas de votre faute.

Rappel de la définition du Consentement : « Le fait de donner son accord de manière consciente, libre et explicite à un moment donné pour une situation précise. »

Besoin d’un soutien immédiat ou de parler maintenant ?

  • En cas d’urgence
    Appelez le 17 ou envoyez un SMS au 114
  • Pour une écoute, un conseil, une orientation
    Appelez le 3919 (numéro gratuit et anonyme)
Violentomètre

Les étapes mise en place par un agresseur

Il n’y a pas de profil type d’agresseur.
Un agresseur prend toutes les formes, tous les âges, toutes les catégories socio-professionnelles. Un agresseur peut être apprécié, aimé, un bon père de famille, un fils chéri, un professeur qu’on apprécie ou un manager que l’on respecte.

L’agresseur n’est pas un pervers narcissique, ni un malade, l’agresseur est conscient de ses actes et de ses propos. Un agresseur est très rarement atteint de troubles psychiatriques. L’agresseur a un but, dominer et contrôler sa victime.

Mais les agresseurs (je parle au masculin car la majorité des violences conjugales sont faites par des hommes) mettent en place des stratégies et certaines se retrouvent très fréquemment.

Comme le dit Emmanuelle Piet du Collectif féministe contre le viol « le dinosaure (c’est ainsi qu’elle nomme les agresseurs) ne devient pas violent tout de suite. Ce ne serait pas efficace, ni plaisant. Non, il va prendre son temps et mettre en place un piège qui va se refermer doucement sur sa victime ».
Oui, parce que l’agresseur ressent du plaisir à faire souffrir l’autre.
Si la violence n’était pas insidieuse, si dès le premier jour l’homme se mettait à frapper, avant l’attachement, avant les étapes décrites si dessous, la victime ne se laisserait sûrement pas faire. D’où l’importance d’arrêter avec la phrase « mais pourquoi t’es pas partie ? ».

1. L’isolement

« Pas vu, pas pris ». La meilleure technique pour votre agresseur est de vous isoler de vos proches, la violence est possible quant il n’y a plus de témoins.
Qu’on se le dise, un partenaire qui demande que vous ne voyez plus vos ami.e.s ou votre famille ce n’est pas normal.
Avant de se montrer jaloux et possessif, l’agresseur va utiliser la technique de l’amoureux transit qui fait à diner, ramène des fleurs etc.
« Tu sors ? Tu préfères passer une soirée avec tes potes plutôt qu’avec moi ? »
« Je ne te suffit pas? »

Puis doucement, l’agresseur passe la seconde. Il devient agressif.
Il commence à faire du chantage affectif, comme un enfant.
« Si tu sors je vais vraiment être triste/seul… ».
Il critique les habits, le maquillage, le corps.
« Tu vas pas sortir habiller comme ça ? » – « On dirait une pute ».

Et enfin, si la victime arrive à sortir, l’agresseur va espionner et contrôler grâce au portable. Appli qui traque la position, messages en continu, exiger des photos pour savoir où elle est et avec qui…

Toutes ces actions de (cyber)harcèlement, (cyber)contrôle, et (cyber) surveillance, peuvent amener deux choses :
– les connaissances et proches de la victime à ne plus avoir envie de passer du temps avec elle, ce qui renforce son isolement.
– les connaissances commencent à critiquer fortement l’agresseur, ce qui peut être utilisé par lui comme « tu vois ils veulent nous séparer, ils sont jaloux… ».

2. La dévalorisation

L’agresseur a pour objectif de soumettre la victime afin de pouvoir la conditionner sans révolte.
Pour ce faire, il dévalorise la victime tout en instaurant une dépendance affective afin qu’elle perde toute estime, confiance, valeur à ses propres yeux, qu’elle n’ait plus de libre-arbitre.
Ce faisant, la victime pense que l’agresseur a raison, qu’elle mérite la violence et n’a pas d’autres choix que de la subir.
Elle peut même protéger son agresseur.

Peu à peu, il peut…

• imposer sa manière de voir les choses, en réduisant l’altérité de la victime et ses différences
• la harceler, commettre des violences psychologiques en ligne ou non
• l’humilier et commettre des violences devant les enfants et/ou tiers. Le numérique peut aider l’agresseur à renforcer ces mécanismes. Par exemple, le numérique permet également la diffusion d’images ou vidéos à caractère intime ou sexuel dont la captation peut être imposée à la victime. Ces (cyber)violences créent un chantage permanent qui renforce l’humiliation ressentie par la victime.

3. Instaurer un climat de peur, de domination et insécurité

L’agresseur a pour objectif de contrôler la victime, de la placer dans une situation d’inquiétude permanente sans pour autant qu’il ait besoin d’exprimer quelque chose de spécifique. Pour se faire, sous prétexte d’amour et de passion, il peut…
• contrôler les faits et gestes, horaires, alimentation, vêtements et maquillage, dépenses, téléphone, ordinateur, etc., de la victime.
• faire preuve de jalousie extrême et suspecter chacune de ses actions en leur attribuant des intentions non fondées que la victime s’épuisera à contredire
• imposer des discussions sans fin pour la pousser à avouer quelque chose (mensonge, tromperie, etc.).

Pour créer une situation où la victime est dans un état d’incertitude totale, il va… • faire alterner des périodes d’accalmie et de violences, de manière imprévisible
• rendre toute anticipation impossible dans la relation.

« J’ai pas envie de toujours lui dire où je suis ou avec qui mais si je ne le fais pas, il devient tellement pressant et violent que je préfère lui dire comme ça il se calme un peu. »

4. L’inversion de la culpabilité – le « gazlighting »

L’agresseur a pour objectif de se déresponsabiliser auprès de tout le monde ainsi que de la victime tout en faisant croire que c’est elle qui est responsable de ce qu’il lui fait subir.

Pour ce faire, il peut…
• utiliser la manipulation et le chantage
• s’appuyer, pour justifier ses violences, sur des prétextes souvent liés à la manière dont la victime fait ou ne fait pas les choses, aux enfants et à leur éducation, etc.
• justifier ses actes par amour ou protection de la victime. Cette stratégie est renforcée par le cybercontrôle et la cybersurveillance.

L’agresseur peut aussi utiliser les enfants pour inverser la culpabilité en tenant un discours négatif sur la mère en leur présence.
L’agresseur peut…
• reprocher en permanence à la victime de chercher à lui cacher des choses
• reprocher chaque déplacement, agissement et relation sociale
• utiliser tous ces faits et gestes comme moyen de pression, notamment auprès des enfants.

L’agresseur installe l’idée que c’est elle qui a un problème dans leur couple car elle ne veut pas « tout » lui dire. A force, cela installe le doute pour elle et l’idée que c’est elle qui a un problème dans leur couple puisqu’elle n’est pas assez fusionnelle et qu’elle refuse de « tout » partager.

NB : Les enfants peuvent sembler davantage écouter (se soumettre à) l’agresseur car ils ont peur, pour eux et leur mère. Ils peuvent également être dissociés en sa présence (cf. partie 8). Il peut s’agir aussi d’une stratégie d’évitement et de protection de leur part.

5. Instauration de son impunité

L’objectif de l’agresseur est de ne pas être identifié comme violent afin de pouvoir continuer à perpétuer des violences, ne pas être sanctionné pénalement et ne pas perdre son statut social.

Toutes les stratégies précitées participent à cet objectif.
Il peut…
• manipuler l’entourage en l’amenant à cautionner la disqualification qu’il fait de la victime
• faire en sorte, auprès des témoins, de retourner la situation en se faisant passer pour la victime de la victime.

L’aspect numérique va renforcer cette stratégie par l’utilisation des tablettes, ordinateurs et téléphones, et notamment des réseaux sociaux.

Il peut…
• diffuser en ligne une bonne image de lui et une image négative de la victime pour l’isoler de son entourage et renforcer sa propre impunité
• effacer des données ou des preuves pour garantir son impunité, en ayant accès au téléphone de la victime.

Cela peut être renforcé par l’attitude de cette dernière, due notamment à la peur et aux conséquences des violences dont le psycho-traumatisme (expliqué plus loin). La victime paraîtra peu sympathique (car elle sait que, si elle sourit, il la frappera lorsqu’ils rentreront), confuse, ambivalente, etc., tandis que l’agresseur paraitra très avenant et prévenant, clair, etc.
Cela peut amener l’entourage ou les professionnels et professionnelles à penser qu’elle a « vraiment beaucoup de chance de l’avoir et qu’il pourrait vraiment trouver mieux ». Ces stratégies, le plus souvent cumulées, correspondent à ce qui peut aussi être nommé « le contrôle coercitif ».

Conséquences de tout cela ?

La personne victime se retrouve isolée et ressent :

  • de l’impuissance
  • de la culpabilité
  • de la honte
  • de la peur
  • de l’angoisse

Cette baisse d’estime de soi engendre une minimisation des violences subies et accroit la peur de ne pas être crue.

Le cycle des violences

Evolution du cycle

Pour aller plus loin je recommande la lecture complète du Violentoscope de Solidarité Femmes que je trouve extrèmement clair. 

D’autres ressources sont disponibles sur leur site.

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