Par Adriana Tourny – Thérapeute systémique à Paris et en ligne (individuel, couple).
La thérapie systémique est une approche thérapeutique qui permet de comprendre les difficultés psychiques, relationnelles ou professionnelles dans leur contexte.
En tant que thérapeute systémique à Paris et en ligne, j’accompagne des personnes, des couples et des familles confrontés à des problématiques comme l’anxiété, le burn-out, les conflits relationnels ou les difficultés d’estime de soi.
Cette approche propose une lecture différente des problèmes : elle s’intéresse moins à ce qui “ne va pas chez une personne” qu’aux interactions, aux contextes et aux tentatives de solution qui contribuent à maintenir les difficultés.
Quand la souffrance ne se réduit pas à l’individu
De nombreuses personnes arrivent en thérapie systémique avec l’idée qu’elles présentent un problème interne qu’il conviendrait de corriger. La souffrance est alors pensée comme localisée dans l’individu : ses émotions, ses pensées ou ses comportements.
Cette manière de comprendre les difficultés est largement influencée par un modèle dominant qui tend à individualiser les problèmes psychiques, en les détachant de leurs contextes d’émergence.
La thérapie systémique propose une autre lecture. Elle considère que la souffrance ne peut pas être comprise uniquement à partir de l’individu, indépendamment des contextes relationnels et sociaux dans lesquels elle s’inscrit.
Les difficultés apparaissent alors comme des réponses à des situations, à des interactions ou à des contraintes, et non comme des défaillances isolées.
Le problème n’est plus envisagé seulement comme situé dans la personne, mais dans les boucles relationnelles dans lesquelles elle est prise.
Le travail thérapeutique consiste dès lors à analyser les dynamiques dans lesquelles la personne est engagée : les relations, les positions qu’elle occupe, les attentes implicites auxquelles elle répond et les logiques auxquelles elle s’adapte.
Qu’est-ce que la thérapie systémique ?
Il ne suffit pas de « prendre en compte le contexte » pour faire de la thérapie systémique.
La thérapie systémique est une approche en soi, à part. Elle nécessite une formation dédiée. Les thérapeutes sont d’ailleurs appelés des « systémiciennes » et de « systémiciens ». Un psychologue n’est pas automatiquement systémicien et un systémicien n’est pas automatiquement un psychologue.
La thérapie systémique ne constitue pas un ensemble d’outils mobilisables ponctuellement. Elle repose sur un cadre théorique et clinique spécifique, qui implique un changement de perspective important.
Certaines approches de thérapie intègrent aujourd’hui des éléments contextuels ou relationnels. Toutefois, cela ne suffit pas à adopter une approche systémique. La différence ne réside pas uniquement dans les techniques utilisées, mais dans la manière de conceptualiser les difficultés.
Dans une approche centrée sur la personne, le contexte vient souvent en second plan. En thérapie systémique, il est constitutif du problème lui-même.
Le symptôme n’est pas envisagé comme une défaillance interne, mais comme une réponse, une tentative d’ajustement à une situation donnée. Il prend sens dans un ensemble de relations, de normes et de contraintes.
Les fondements de la thérapie systémique
La thérapie systémique s’est développée à partir des années 1950, notamment à travers les travaux de Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Salvador Minuchin ou encore Virginia Satir.
Elle s’inscrit dans un cadre théorique issu de la théorie des systèmes, de la cybernétique et des sciences de la communication, et repose sur une idée centrale : la souffrance psychique ne peut pas être comprise uniquement à l’échelle individuelle. Elle prend sens dans les relations et les systèmes dans lesquels une personne évolue (couple, famille, travail, environnement social…).
Autrement dit, plutôt que de chercher “ce qui ne va pas chez moi”, la thérapie systémique invite à se demander :
- Quel rôle j’occupe dans ce système ?
- À quoi répond mon symptôme dans mes relations ?
Concrètement, il ne s’agit pas seulement d’analyser l’origine du problème, mais de comprendre comment il fonctionne aujourd’hui dans les interactions et les situations de la personne.
C’est un cadre structuré qui permet d’intervenir de manière ciblée sur les dynamiques en cours.
Une lecture psycho-sociale des difficultés
Dans ma pratique de thérapie systémique, j’articule la systémie avec une lecture issue de la sociologie clinique.
Les difficultés psychiques sont envisagées à l’intersection de plusieurs niveaux : psychique, relationnel et social. Les émotions, les interactions et les trajectoires sociales sont étroitement liées.
Certaines souffrances peuvent s’inscrire dans des contradictions sociales : exigences de performance, injonctions paradoxales, conflits de loyauté.
Dans cette perspective, des problématiques comme l’anxiété, le burn-out ou la dépression ne relèvent pas uniquement d’un fonctionnement individuel. Elles peuvent être comprises comme des réponses à des environnements contraignants ou à des tensions structurelles.
La circularité : comprendre les boucles relationnelles
La pensée spontanée cherche des causes et fonctionne de manière linéaire. Elle consiste à relier un événement à une conséquence, ou à attribuer un problème à une personne.
La thérapie systémique introduit une autre lecture. Les comportements sont envisagés dans des boucles interactionnelles, où chacun agit en réponse à l’autre tout en influençant la suite.
Un comportement est à la fois une réponse et un élément qui modifie la situation.
Dans un couple, par exemple, plus une personne insiste pour obtenir une réponse, plus l’autre peut se retirer. Ce retrait renforce alors la demande initiale, et la dynamique se répète.
Le problème n’est alors plus pensé seulement comme situé dans une personne, mais dans la boucle relationnelle elle-même.
Pourquoi les problèmes persistent : les tentatives de solution
La thérapie systémique s’intéresse aux mécanismes actuels qui maintiennent les difficultés.
Il s’agit d’analyser comment le problème fonctionne dans le présent : comment il se répète, comment il est entretenu, et dans quelles interactions il s’inscrit.
Certaines réponses mises en place pour faire face à une difficulté contribuent à la maintenir. Le contrôle peut renforcer la perte de maîtrise, l’évitement entretenir la peur, la suradaptation conduire à l’épuisement.
Concrètement, il ne s’agit pas seulement de comprendre l’origine du problème, mais de modifier ce qui le fait fonctionner aujourd’hui.
Les tentatives de solution comme facteur de maintien
Un principe fondamental de la thérapie systémique stratégique est le suivant :
Un problème persiste parce que les solutions mises en place pour le résoudre contribuent à le maintenir.
Autrement dit, ce qui est fait pour aller mieux participe souvent, malgré soi, à entretenir la difficulté.
Ces tentatives de solution sont presque toujours logiques, légitimes, et souvent encouragées par l’entourage ou les normes sociales. Elles deviennent problématiques lorsqu’elles sont répétées, rigidifiées et inefficaces.
Trois formes fréquentes
- L’évitement : éviter, repousser ou fuir une situation anxiogène.
- Le contrôle : chercher à maîtriser ses émotions, l’autre ou la situation.
- La suradaptation : prendre sur soi, en faire toujours plus, chercher à être irréprochable.
Exemples cliniques
- Dans l’anxiété, plus une personne cherche à être rassurée, plus elle devient dépendante de cette réassurance.
- Dans le couple, plus un partenaire insiste ou surveille, plus l’autre peut s’éloigner.
- Dans le burn-out, plus une personne s’investit, plus on s’appuie sur elle.
- Dans les difficultés d’estime de soi, plus la validation est recherchée, plus le doute s’installe.
À retenir
- les difficultés ne sont pas uniquement individuelles
- elles s’inscrivent dans des relations et des contextes
- certaines solutions contribuent à maintenir le problème
- le travail thérapeutique consiste à modifier ces dynamiques
Une dimension essentielle : le contexte social
Ces tentatives ne sont pas uniquement individuelles. Elles sont souvent soutenues, voire produites, par des normes sociales et culturelles.
Les injonctions à être fort, à réussir ou à maîtriser ses émotions favorisent des formes de suradaptation ou d’hyper-contrôle qui participent au maintien des difficultés.
Le problème ne se situe donc pas seulement dans la personne, mais aussi dans les logiques auxquelles elle s’ajuste.
Les approches systémiques et ma pratique
La thérapie systémique regroupe plusieurs approches qui partagent une attention commune aux relations, aux interactions et aux contextes.
L’approche stratégique issue de Palo Alto se centre sur les interactions actuelles et les mécanismes de maintien des problèmes.
D’autres modèles, comme la thérapie familiale structurale ou les approches transgénérationnelles, s’intéressent davantage à l’organisation des systèmes familiaux et aux transmissions dans le temps.
Les pratiques narratives, proches du champ systémique tout en s’appuyant sur une autre épistémologie, permettent de travailler sur les récits identitaires en externalisant les problèmes et en reconfigurant les significations.
Dans ma pratique, je m’inscris dans une approche intégrative.
J’articule la thérapie systémique stratégique, les pratiques narratives et la sociologie clinique, en proposant un travail concret sur les interactions, les positions relationnelles et les réponses mises en place.
Quels effets attendre d’une thérapie systémique ?
Le travail systémique permet de clarifier la place occupée dans les différents systèmes — familiaux, conjugaux ou professionnels — et de comprendre comment elle s’est construite.
Il rend visibles des répétitions et des dynamiques relationnelles qui semblaient inévitables, permettant progressivement de s’en dégager.
Il transforme la relation à soi en réduisant la culpabilité et en introduisant une lecture plus contextualisée des réactions.
Les relations aux autres deviennent plus ajustées, moins contraintes.
Les manifestations comme l’anxiété, le stress ou la charge mentale peuvent diminuer lorsque les dynamiques, auxquelles on participe souvent malgré nous, qui les alimentent évoluent.
Conclusion
La thérapie systémique propose un déplacement du regard.
Elle permet de comprendre les difficultés à l’intersection de plusieurs dimensions (psychiques, relationnelles et sociales) dans une perspective proche de l’intersectionnalité. Les symptômes ne sont alors plus envisagés comme des défaillances individuelles, mais comme des réponses situées dans des contextes, des contraintes et des interactions.
Dans un environnement qui tend à renvoyer chacun à sa responsabilité individuelle, y compris dans la gestion de sa souffrance, cette approche permet de réintroduire de la complexité et de remettre en perspective ce qui est vécu.
La thérapie systémique ne consiste pas à « soigner » ou “réparer” une personne, mais à comprendre et transformer les dynamiques dans lesquelles elle est prise.
Elle repose pour cela sur un cadre structuré, avec des outils, des modèles et des techniques spécifiques, qui nécessitent une formation rigoureuse et une pratique clinique approfondie.
C’est dans ce travail sur les interactions, les positions et les réponses mises en place que des possibilités de changement peuvent émerger.
Je vous propose cette approche à mon cabinet à Paris ainsi qu’en consultation en ligne.
Références pour aller plus loin
- Bateson, G. – Vers une écologie de l’esprit
- Watzlawick, P. – Une logique de la communication
- Wittezaele, J.-J. – À la recherche de l’école de Palo Alto
- Vitry, G. – La thérapie brève systémique stratégique ; Le grand livre du diagnostic systémique
- Ausloos, G. – La compétence des familles
- Neuburger, R. – Les familles qui ont la tête à l’envers
- White, M. & Epston, D. – Les pratiques narratives
- de Gaulejac, V. – La névrose de classe ; Les sources de la honte
“ Le problème, c’est la solution.” Paul Watzlawick
Cet article vous a plu ?
N’hésitez pas à le partager. Vous avez des questions ? Besoin d’un accompagnement ? À bientôt !
mes autres articles
Ressources pour repérer les violences dans le couple
Le violentomètre a été conçu pour aider les personnes a repérer si ce qu'elles vivent et subissent de la part de leur partenaire s'apparente à de la violence. La violence ce n'est pas que des coups. La violence prend beaucoup de formes dont des formes plus difficile à...
Quand les dettes abîment le couple : argent, tâches, sacrifices… comment en sortir
Bonjour ! Aujourd'hui je m'attaque à un lourd sujet, l'argent et les dettes dans le couple.Cet article est par conséquent assez long et pourtant non exhaustif.L'argent et les dettes relationnelles dans le couple sont des sujets récurrents en thérapie de couple et...
Notre santé mentale dépend de nos relations
🟦 Série “Et si le bien-être était dans la fluidité ?” — Approche systémique et relationnelle dans un monde rigide.🟦 Pour le contexte, lire la Partie 4 : Quand prendre soin de soi devient une injonction lifestyleOn entend souvent la phrase de Thomas Hobbes : "L’homme...
Quand prendre soin de soi devient une injonction lifestyle.
Cet article fait partie de la série nommée Et si le bien-être était dans la fluidité ?. 🟦 Ces textes n’ont pas vocation à épuiser la complexité des notions évoquées. Ils proposent une lecture systémique, engagée, et ouverte au débat. Pour aller plus loin, des...
Une relation au travail vous épuise ? Comprendre ce qui se rejoue pour en sortir autrement
Vous vivez des tensions récurrentes avec un·e collègue ou plusieurs ? Vous avez l’impression d’être constamment en désaccord, de marcher sur des œufs, ou de porter seul·e la charge relationnelle au travail ? Vous en arrivez peut-être à vous demander si vous n’êtes pas...
Le bien-être, entre contribution, utilité et valeur sociale.
Cet article "Le bien-être, entre contribution, utilité et valeur sociale" fait partie de la série nommée Et si le bien-être était dans la fluidité ?. 🟦 Ces textes n’ont pas vocation à épuiser la complexité des notions évoquées. Ils proposent une lecture systémique,...
Bien-être au travail : quand la santé mentale devient une obligation de performance
Cet article "Bien-être au travail : quand la santé mentale devient une obligation de performance" fait partie de la série nommée Et si le bien-être était dans la fluidité ? . 🟦 Ces textes n’ont pas vocation à épuiser la complexité des notions évoquées. Ils proposent...
Santé mentale, quand les mots façonnent les normes.
Cet article "Santé mentale, quand les mots façonnent les normes" fait partie de la série nommée Et si le bien-être était dans la fluidité ?. 🟦 Ces textes n’ont pas vocation à épuiser la complexité des notions évoquées. Ils proposent une lecture systémique, engagée, et...
Le couple, entre désir de liberté et normes systémiques
Vous traversez une période difficile dans votre couple ? Je vous propose un espace de parole à Paris, fondé sur une approche systémique, respectueuse et inclusive, pour comprendre, apaiser et réinventer votre lien.Vivre en couple peut devenir un défi au fil du temps....
Manifeste – Politiser la santé mentale
En tant que citoyenne et en tant que thérapeute, j’observe quotidiennement les conséquences néfastes des oppressions sociales et des jeux politiques sur les individus et sur leurs relations. Pourtant, le bien-être est encore trop souvent ramené à l’individu seul, à...









